mardi 29 juillet 2008

Illusions (2)

12. "Le courant de ce fleuve glissait au-dessus de tous - jeunes et vieux, riches et pauvres, bons et méchants -, et le courant allait son propre chemin, ne connaissant que sa propre nature de cristal.

13. "Chaque créature, à sa manière, s'accrochait étroitement aux branches et aux rochers du fond du fleuve, car s'accrocher était leur mode de vie, et résister au courant, tout ce que chacun d'eux avait appris depuis sa naissance.

14. "Mais une créature dit à la fin : " Je suis las de m'accrocher. Bien que je ne puisse pas le voir de mes yeux, je crois que le courant sait où il va. Je lâcherai et me laisserai entraîner où il veut. A rester accroché, je mourrai d'ennui."

15. "Les autres créatures éclatèrent de rire et dirent : Idiot! lâche donc et le courant que tu vénères te jettera, ballotté et meurtri, contre les rochers; tu en mourras, et plus vite que d'ennui.

16. "Mais l'autre ne tint pas compte de ces quolibets, et retenant son souffle, il lâche et fut aussitôt ballotté et meurtri par le courant contre les rochers.

17. "Or bientôt, comme il refusait de s'accrocher de nouveau, le courant le souleva et le libéra du fond et il ne fut plus bousculé ni blessé.

18. "Et les créatures vivant en aval, pour lesquelles il était un étranger, se mirent à crier : Voici un miracle ! Une créature comme nous-mêmes, et pourtant elle vole! Voici le Messie venu pour nous sauver tous!

19. "Et celui que le courant portait dit : Je ne suis pas plus Messie que vous. Le fleuve se plaît à nous soulever et à nous libérer, si seulement nous osons lâcher. Notre véritable tâche c'est ce voyage, cette aventure.

20. "Mais les autres criaient de plus belle : Sauveur! Sauveur! tout en s'accrochant aux rochers, et lorsqu'ils levaient la tête une deuxième fois, celui que le courant portait s'en était allé; alors, restés seuls, ils fabriquaient des légendes à propos d'un Sauveur."

21. Or il advient ceci. Il vit que la multitude s'amassait autour de lui chaque jour davantage, plus serrée, plus proche et plus féroce que jamais; il vit qu'ils le pressaient sans relâche de les guérir, et de les nourrir sans cesse par ses miracles; alors, pour apprendre pour eux et pour vivre leurs vies, il partit seul ce jour-là sur le sommet d'une montagne écartée, et là il se mit à prier... 

(ce n'est pas fini...)

1 commentaire:

Chronophonix a dit…

Les branches et les rochers, ça représente le mental, les pensées, auquelles on s'accroche, et quand enfin on les lâche, le fleuve de l'être nous ouvre son courant et nous porte vers nous-même. Je ne sais plus où j'ai déjà entendu cette histoire..